Urbanisme, Nemours, Algérie, 1933
La commande du plan d'urbanisme de la future ville de Nemours fut passée par la Municipalité à MM. Breuillot (CIAM) et Emery (CIAM) d'Alger en collaboration avec Le Corbusier et P. Jeanneret.

Le plan fut accepté en 1935. Achevé, il fut tenu secret afin de rechercher les capitaux utiles pour l'achat des terrains et, du moins, l'option sur ceux-ci. En effet, Nemours, petite bourgade de la première colonisation algérienne semblait devoir devenir subitement une importante petite ville neuve de 50.000 habitants environ: un grand port était en construction, ainsi que la ligne de chemin de fer qui drainait tout l'est marocain.

200.000 francs suffisaient pour obtenir les options, 10 millions suffisaient pour acheter les terrains. Il ne se trouva personne pour faire l'opération (ni les grands groupes financiers, ni les organisations coloniales)... Leçon : L'Antiquité, le Moyen Age, la Renaissance, etc. ont construit des villes de toutes pièces. Mais, en pleine ère machiniste, la France ne possède pas le mécanisme légal qui puisse déclencher la construction de la nouvelle ville de Nemours, - le plan étant adopté par la Municipalité. On a construit un port important, une grande voie ferrée. Pour le port, pour la voie ferrée, les programmes étaient précis, les prévisions faites, les enquêtes, les calculs, les devis: administration, réalisation, délais, etc.... Tout ceci était régulier et fut fait. Port et chemin de fer; corollaire: une ville neuve. La ville neuve naîtra, vivra ou ne vivra pas, au gré des hasards.

Port, chemin de fer: personnel supérieur, personnel subalterne. Cité industrielle de transformation: directeurs, ingénieurs, contremaîtres, ouvriers. Cité d'affaires: directeurs, employés. Base militaire: officiers, soldats. Centre touristique: hôtels, etc., etc... Autant de familles, autant de logis. Autant de spécialistes de toute sorte qu'il faut recruter, loger. Il semble que les ordres sont faciles à donner, le programme facile à établir, le recrutement régulièrement à entreprendre. C'est naturel, n'est-ce pas? Et la ville se construit? Pas du tout. Cette organisation n'est pas dans les usages d'aujourd'hui.

Des hommes débarqueront, isolés, cherchant à louer leur travail, cherchant à se loger. On les mettra dans des baraquements... L'autorité n'a pas agi, elle a failli. Désormais, la ville sera dans la pourriture.

Les 18 immeubles d'habitation sont rigoureusement orientés sur le soleil le plus favorable pour l'Afrique du Nord (Nord-Sud).

La grande route de transit Oran-Tlemcen surélevée sur pilotis et passant en dehors de l'agglomération. Elle comporte une plate-forme de raccord avec l'autostrade (en forme de losange) qui distribue rigoureusement les 18 immeubles d'habitation.

La voie de transit Oran-Tlemcen est surélevée. L'autostrade des immeubles l'est également. Le réseau concentrique et diagonal des piétons dessert l'amphithéâtre de l'habitation â niveau du sol, indépendamment des autres.

Ce plan de Nemours exprime le type d'une ville neuve à créer d'une pièce, sur une topographie très accidentée.

Extrait de Le Corbusier et Pierre Jeanneret, Oeuvre complète, volume 3, 1934-1938
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